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9 mars 2009

DES STATISTIQUES TROMPEUSES


Jean-Claude Crevoisier

Pour certains économistes, le taux de pénétration de l’Internet dans un pays constitue un bon indicateur de la distance parcourue sur le chemin de la société de l’information. À voir !


Selon ce critère, la Suisse est très bien classée en comparaison internationale. Constatons cependant qu’on parle ici d’une « société de l’information », non d’une « société de l’information et de la communication ». Pour les auteurs des études, auxquelles se réfèrent ces économistes, c’est peut-être bonnet blanc pour blanc bonnet. Car ils posent l’équation simpliste suivante : derrière chaque raccordement à l‘Internet, il y a au moins une personne qui s’informe en utilisant ce média et une personne qui s’informe, c’est une personne qui communique. Or la réalité est beaucoup plus subtile.
Dans beaucoup de familles par exemple, le raccordement à l’Internet est décidé par les parents (et encore s’ils en ont les moyens) pour permettre à leurs enfants de pratiquer ce qu’ils ont appris à l’école en utilisant pour cela un outil identique à celui qui est dorénavant installé dans presque chaque classe de Suisse. L’écolier, l’étudiant et même l’apprenti ainsi dotés vont bien sûr utiliser leur ordinateur pour accéder à l’Internet. Je ne suis pas certain toutefois que le temps passé à s’informer sera supérieur à celui qui est consacré aux jeux. Avec le « chat » (ou clavardage pour parler français), on entre certes un peu dans le monde de la communication, mais les échanges qui s’y développent produisent plus de banalités inconsistantes que des plus-values informationnelles.
Constatons aussi que la femme au foyer (les statistiques le démontrent) n’a pas automatiquement accès à l’ordinateur et à l’Internet familiaux. Même si, sur ce point, la situation évolue positivement, la mère reste trop souvent analphabète en cette matière.
Un nombre de plus en plus grand de personnes, qui exercent une activité socio-professionnelle, ont aujourd’hui accès à l’Internet sur leur lieu de travail. Avec encore de nombreuses restrictions dues surtout à la méfiance des employeurs quant à l’usage non professionnel que pourraient en faire leurs salariés.
Admettons cependant que chaque raccordement à l’Internet génère un flux d’informations, mais c’est dans la majeure partie des cas un flux unidirectionnel (nous parlons bien ici des requêtes faites via l’Internet et non des échanges de courriel). L’interactivité est encore embryonnaire, le partage d’informations une exception, la production ouverte au public de contenus utiles et pertinents une rareté. La communication, car c’est bien de cela qu’il s’agirait, peut donc être considérée comme sous-développée. Même si le phénomène des blogs tend à infirmer partiellement ce constat.
On constate sur ce point une nette différence de comportement entre le monde, on va dire, latin et l’aire anglo-saxonne (dont le Québec de langue française fait d’ailleurs partie). Un philosophe français a fort justement qualifié ainsi cette différence culturelle : chez les premiers l’information est un stock, chez les seconds en revanche c’est un flux !
Comment expliquer le phénomène ? Osons une hypothèse, éventuellement valable dans le monde francophone. Chacun reconnaîtra, y compris ceux dont le français est la langue maternelle, que celle-ci est relativement difficile à écrire. Toutes les lettres d’un mot ne se prononcent pas ; les mêmes sons ne s’écrivent pas automatiquement de la même manière. Et je ne parle ici que de l’orthographe. Si on y ajoute les difficultés grammaticales, même un bachelier n’est pas toujours assuré de la correction de sa prose écrite.
Or l’école a surtout privilégié dans l’écrit la pureté de la forme, brimant ainsi, vraisemblablement sans intention maligne, la libre expression. On a surtout traqué la faute, sans encourager suffisamment la création et la production de contenus. Le souci du bien écrire (dans le sens juste et pas nécessairement beau) bloque la communication. Pour beaucoup, l’écriture est de ce fait une source de complexes et d’angoisses. Et le seul moyen d’y échapper est donc pour eux de s’en abstenir.
L’écriture, simplifiée à l’extrême, des jeunes d’aujourd’hui, utilisant surtout la phonétique et des émoticônes pour communiquer, est-elle une façon d’échapper à la « dictature » du français écrit et de fluidifier la communication ? Ou alors n’est-elle que le fruit d’une paresse intellectuelle décomplexée ou encore le résultat des contraintes de production et de tarification téléphonique imposées par le média SMS ?
Toujours est-il qu’on est encore assez loin d’un vrai partage de connaissances (quatre expériences personnelles, dans des milieux associatifs et avec des personnes pourtant motivées et responsables n’ont donné que des résultats plutôt mitigés). Alors la Suisse est peut-être championne pour les raccordements à l’Internet. Elle est vraisemblablement en bonne place pour le pompage d’informations. Mais pour une vraie communication, avec un échange créatif autant que cumulatif de connaissances, il faudra repasser.


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