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1 avril 2015

L'ÉPANOUISSEMENT DU 3e ÂGE


Il y a une vie après la retraite. Libérés des contraintes temporelles d'une activité professionnelle, beaucoup de seniors peuvent prendre le temps de rêver. Et même de concrétiser ces rêves !
Le milieu professionnel les a "remerciés", pas toujours dans les deux sens du terme. Certains peuvent alors ressentir cette rupture comme une mise à l'écart douloureuse, une relégation à un rôle marqué par une forme d'inutilité sociale. Les femmes en général peuvent échapper à ce sentiment car elles ne sont pas (et même pas du tout) libérées de leurs tâches domestiques, leur deuxième métier. Il y a certes pour elles quelques allégements vite remplacés par des responsabilités nouvelles. Les enfants sont en principe hors de la coquille. Mais il faut parfois cohabiter avec un mari omniprésent qui ne pratique que très partiellement le partage des tâches. Et les petits enfants demandent de l'attention (et aussi des attentions).
Beaucoup, heureusement, arrivent en bonne forme et pour plusieurs années à ce moment de leur existence. Avec des ressources physiques autant qu'intellectuelles et même une disponibilité qui peut être judicieusement exploitées. Par la personne concernée d'abord, mais aussi par la société.
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Il y a bien des institutions, créés il y a plusieurs années déjà, lorsque la durée de vie s'est étendue quelque peu au-delà d'une mise à la retraite. Ces organismes ont à l'origine répondu à des besoins prioritaires d'aides diverses  : soutien social (par exemple pour une prise en charge administrative), soins du corps et parfois aussi de l'esprit, repas, entretien du ménage, loisirs adaptés. Une assistance caractérisée par le développement d'une forme de dépendance. Limite garderie d'adultes âgés.
Plus récemment, les pratiques ont évolué vers le maintien et le renforcement de l'autonomie des seniors. Par une offre étendue à des activités sociales (club, jeu de cartes, thé-dansant), physiques (marche et même vélo) et culturelles (conférence, visite d'exposition et de musée, voyage). Des activités qui sollicitent certes une participation active des personnes concernées. Mais on reste là dans une relation de consommation de prestations. Ces activités, qui sont rarement décidées et moins encore organisées par les bénéficiaires, impliquent toujours un encadrement professionnel et institutionnel important.
Or aujourd'hui, on est confronté à un nombre croissant d'aînés qui entrent (en bonne forme, on l'a dit) dans ce qu'on appelle «  le troisième âge  », une période de la vie qui a changé fondamentalement de nature. Un public qui découvre une forme de liberté. La liberté bien sûr de ne plus rien faire. Mais liberté aussi de pouvoir réaliser un rêve en jachère, une ambition jusque là peut-être refoulée. Liberté enfin de pouvoir présenter, développer, offrir en partage des compétences jusque là insuffisamment exploitées, aussi bien par les intéressés eux-mêmes que par la collectivité.
Les organismes qui ont pour vocation de prendre en charge cette période de la vie, conscients de cette évolution de leurs publics (le pluriel ici s'impose), doivent donc compléter leurs offres. Il s'agit bien sûr de maintenir les prestations actuelles pour les personnes partiellement ou totalement dépendantes, notamment celles du «  quatrième âge  ». Mais, à côté de cela, il convient d'étudier les moyens (humains, matériels et financiers) à mobiliser pour favoriser la mise en valeur et surtout le partage tant des ressources que des compétences des seniors. Pas seulement comme animateurs bénévoles des activités premières. Mais davantage, individuellement ou collectivement, comme entrepreneurs de leur nouvelle vie et comme créateurs de valeurs ajoutées.
Jean-Claude Crevoisier 
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